Se transformer à partir de ce que l’on est….

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Grandeur et décadence de la Deutsche Bank…. Un nouvel exemple de sortie de route…

Peut on se changer radicalement, devenir quelqu’un d’autre ??? C’est ce que pensent encore de nombreuses entreprises qui croient trouver leur salut en enfilant l’identité d’un autre, loin de leur propre histoire. Ce que vit en ce moment la Deutsche Bank en est une illustration parmi d’autres.

Fin 1989, en mettant la main sur Morgan Grenfell, le dirigeant d’alors, Alfred Herrhausen, savait qu’il fallait changer non seulement la stratégie de la banque mais aussi, et c’est là le plus troublant, l’identité même de l’institution.

La DB fut créer en 1870 afin d’accompagner le développement industriel du pays, elle a toujours été étroitement associé à l’industrie et au marché domestique. La DB, depuis 150 ans est un pilier central de l’industrie allemande, de ses exportations et d’une vision du long terme de son développement. Ce sont ses bases, ce sont ses compétences, les profils de ses collaborateurs, c’est sa raison d’être profonde. C’est ce qui lui a permis de se relever des grandes crises économiques du passé et notamment à la crise bancaire de 1931, de la première guerre mondiale, de son démantèlement après la seconde. Son identité et sa vocation ont permis une continuité qui a transcendé la république de Weimar et le nazisme.

Absolument rien ne prédisposait ce fleuron à devenir un « hedge fund » géant. Prônant la rupture et la nécessité de s’adapter au monde qui change… les stars de la City, de Merrill Lynch ou de Goldman Sachs qui prennent les commandes veulent développer chez elle la culture du risque basé sur la spéculation à court terme. Ils vont s’entourer par de brillants mercenaires motivés par de juteux bonus, à l’exact opposé de la culture de tous ses managers historiques. Autant dire un monstre sans tête ni carte. Qui a non seulement très vite perdu la tête et même la langue car dès le début des années 90, au sein des staffs, on ne sait même plus y parler l’allemand, incroyable !!

Il ne s’agit pas, bien évidemment, de tourner le dos aux nécessaires transformations, mais, dans un monde qui change, de savoir ce que l’on doit absolument conserver et renforcer et ce que l’on doit compléter afin de muter dans nos compétences et identité. En privilégiant exclusivement les activités de marché, la DB a tourné le dos à ses compétences, sa raison d’être et son histoire.

Car au fond, l’entreprise, comme l’individu ne changent pas, jamais brutalement en tout cas, ils ne cessent de se compléter tout au long de leur chemin afin de durer dans un monde imprévisible. C’est une œuvre à mener en permanence.

Résultat, l’ancienne étoile de l’économie allemande, qui a survécu aux grands cataclysmes du XXème siècle sans jamais demander l’aide de l’Etat est aujourd’hui aux abois. Peut-être va-t-elle devoir s’y résoudre… à moins que les industriels allemands ne le fassent… et remettent l’histoire en marche…

Article inspiré du dossier Enquête, Les Echos du 18/10/2016

Serge GRIFFON, Néom.

 

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