Penser la complexité

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Le concept de complexité chemine dans le monde contemporain depuis plusieurs années : au sein des entreprises, dans le champ social, économique…Paradigme encore à ses balbutiements qui nous impose de penser et d’agir autrement pour survivre. Le monde est-il devenu plus complexe ou pensons-nous différemment le monde qui nous entoure?

Compliqué – complexe ? Le monde a-t-il changé ou notre regard sur lui est-il en train de changer ? Deux exemples pour illustrer : l’horloge et la société de fourmis : ces deux ensembles mettent en œuvre un nombre important d’agents qui inter-agissent.

Dans l’horloge ils le font de manière linéaire et prévisible, dans le cas de la société de fourmis de manière non prévisible et avec énormément de rétro-actions. La prévisibilité des phénomènes est limitée, notamment face aux variabilités de l’environnement.

La médecine. À partir des années 1940 et pour la première fois dans notre histoire, grâce aux antibiotiques, la médecine va vaincre des maladies jusque-là mortelles.De ce fantastiques succès va naître en Occident une nouvelle manière de pratiquer la médecine, inconnue auparavant : une approche du malade qui ne prend plus en compte son histoire, son contexte, sa force vitale, sa capacité d’auto-guérison. Cette approche mécanique du corps et de la médecine va se généraliser à l’ensemble de la médecine. On apprend à diagnostiquer la maladie et à administrer le bon médicament. Mais l’évidence montre que l’homme n’est pas une machine dont il suffirait de changer les pièces défectueuses. Sinon, en tout cas pour ce qui est des maladies chroniques (80% des pathologies), on ne guérit que les crises et les symptômes.
En médecine aussi, nous reprenons peu à peu conscience que l’homme est un système complexe à considérer dans son ensemble, dont les éléments sont en inter-actions permanentes. Les mécanismes de la vie et de la santé sont en synergie permanente : ce qui oblige à une vision globale à l’opposé de toute nos croyances et formations; ce qui oblige aussi à une approche individualisée de la maladie.

Il en est de même de nos gènes : seuls 15% des gènes qui nous composent codent de façon innée et déterminée nos molécules (protéines et autres).

On sait depuis peu, que 85% de notre patrimoine génétique va coder les molécules en fonction de nos comportements, de nos émotions et modes de vie. Nos gènes proposent des partitions à partir desquelles on improvise, nos comportements influencent l’activité de nos gènes. Ainsi le génétique, l’émotionnel et le psychologique sont-ils complètement liés, ils dansent en permanence. Et cette danse est très personnelle, deux individus aux styles de vie identique n’auront pas la même destinée devant la maladie. On sait peu de choses de l’écheveau des inter-actions mais on connaît les clés fondamentales qui animent les modifications des gènes du vivant de l’homme et maintiennent son homéostasie : la nourriture, la façon de canaliser son stress, l’activité physique, le réseau de relations et la vie sociale, le plaisir.

Ce n’est pas nouveau, par contre nous réapprenons à voir autrement : sous la lumière de la complexité des systèmes et non pus dans la simplification de la séparation. À la lumière de cet exemple comment pourrions nous définir la complexité ?

C’est un monde non linéaire dans lequel je ne peux prédire ce qui va se passer, je ne peux anticiper les conséquences de mes décisions. Dans le cockpit d’un avion, on peut prédire de façon séquentielle ce qui va se passer : j’appuie sur tel bouton et il se passe telle et telle chose. En situation complexe, les interactions sont tellement nombreuses que je ne peux prédire l’enchaînement des effets. C’est l’effet papillon des événements météo : d’infimes paramètres auront des répercussions phénoménales sur l’ensemble de la planète. Les interdépendances sont telles qu’un gros nuages de poussières volcaniques né au-dessus de l’Islande peut paralyser le transport et l’activité d’une partie du monde.
Les interactions sont telles que l’on passe d’un monde à équilibres stables à un monde instable aux bifurcations imprévisibles :

  • Pendant 50 ans nous avons vécu dans un univers international relativement prévisible : l’instabilité du monde bipolaire sur fonds de rivalité est-ouest.
  • Depuis 1989 le monde a bifurqué dans univers multipolaire devenu imprévisible; la mondialisation en est un aspect.

Dans l’entreprise et dans notre vie, cela se traduit par :

  • La multiplicité des informations
  • Le rythme des changements et des accélérations
  • La récurrence des crises
  • L’impasse dans laquelle sont de nombreux modèles de croissance
  • Le sentiment douloureux de non maîtrise des évolutions de notre monde, de notre avenir et de notre vie : un chaos de contradictions qui invalide les solutions simples et le prêt à agir. Tellement les phénomènes qui nous impactent s’imbriquent et semblent se contredire.

Face à des situations compliquées, on peut séparer, isoler, simplifier, pas en situation complexe.
Le problème compliqué se résout, le problème complexe se dépasse. Et il se dépasse dans l’association des contraires; par la pensée du « et », dans le refus de la pensée réductrice du « ou ».

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