Nos champions sont ils des branleurs ?

Le « french flair » n’est jamais qu’un mariage sot entre l’intuition et la paresse….
Que de talents gâchés sans le travail, la passion et la discipline…

Un dossier au titre provocateur de l’Equipe Magazine du 17 août met en évidence un certain nombre de déficits dans les attitudes et pratiques de nombreux sportifs français de haut niveau, limites rédhibitoires à la performance durable…. : « nos champions sont-ils des branleurs »?

Et dans nos entreprises, nos écoles, notre pays???

Déficit 1 : le manque de travail / fausse croyance 1 : le talent prime sur l’effort

« Tous les joueurs savent que face à Richard Gasquet, être mené 2 à 0 n’est pas grave, il suffit que le match dure pour qu’on le gagne au finish »

On entend depuis des années les tennismen espagnols moquer la faible endurance des français sur les courts faute d’un travail de fonds comparable à ce que les meilleurs s’imposent

Patrick Mouratoglou, coach de Serenna Williams confirme : « en France on valorise beaucoup le talent et la facilité plutôt que des valeurs comme le travail, la gagne et l’effort… »

Comment comprendre les réticences, les mauvaises volontés ou les « râleries » des Lemaître en athlétisme, Joubert en patinage ou des joueurs de l’OL face à la charge de travail athlétique qu’impose le haut niveau afin d’être durablement compétitif?

La diététique? « c’est Gaëlle Monfils qui se pointe en retard au 1er tour des JO de Pekin et s’échauffe 10 minutes avant de jouer Nicolas Almegro, un McMorning à la main…, c’est André Pierre Gignac qui s’est longtemps fait chambrer à l’OM : Gignac un Big Mac… ou encore Christophe Lemaître qui s’amuse de ses entorses à la diététique », heureux que son coach ne voit pas ce qu’il peut bien manger.

Combien de champions mettent-ils leur investissement à la hauteur de leur quête? Combien de nos potentiels en entreprise? On est loin du compte dans un monde où la discipline est devenu un gros mot. Bientôt le sens de l’effort et du travail?

Mais le talent est comme la terre fertile : aucun fruit n’en sort sans le travail de l’homme

Et nous dans l’entreprise, veillons nous à cultiver les valeurs de l’effort, de la répétition et de la constance dans la joie et le plaisir partagés?

Que de talents gâchés sans le travail, la passion et la discipline… car le « french flair » n’est jamais qu’un mariage sot entre l’intuition et la paresse

Déficit 2 : le manque d’ambition / fausse croyance 2 : dans la vie, faut pas rêver…

« moi, ce que j’ai entendu depuis tout petit et pas seulement chez mes entraîneurs, c’est de ne pas voir trop grand » témoigne Joe Wilfrid Tsonga

Combien de fois n’a-t-on entendu de parents bien intentionnés tuer avant de naître le rêve de leur enfant : « arrête de rêver »… « ommence par travailler à l’école pour ne pas être chômeur »….

Comme si dans notre culture, voir haut, penser grand, imaginer l’impossible étaient coupables, risibles ou suffisants. Ce n’est plus de la modestie, c’est de l’attentat à l’imagination, à la création, à la grandeur de l’homme.

« Perdre l’envie de gagner n’est jamais arrivé à Rafael Nadal ». On l’imagine bien. Pas plus qu’à Teddy Riner, à Sébastien Loeb, Renaud Lavillenie ou Tony Estanguet.

Ont-ils plus de talents? Peut-être. L’obsession de gagner, évidemment. Et surtout de gagner longtemps afin de laisser une trace dans leur sport, dans leur vie et dans le monde. Non gagner telle ou telle coupe mais laisser une œuvre de leur passage : un projet de vie.

Guy Forget se rappelle deux questions qu’il posait régulièrement à de nombreux joueurs dans sa carrière de capitaine :

« fais-tu tout pour être le meilleur? » si non, « qu’est-ce qui t’en empêche? »… quel embarras chez la plupart des joueurs. La honte d’afficher ses désirs, d’avoir de grandes ambitions et un trop grand projet

Mais comment donc bâtir, inventer, créer ( les richesses, les œuvres, les victoires, les produits, les emplois de demain) sans désir du futur. D’un futur meilleur, enviable, passionnant. Non un futur à épier mais un futur à inventer.

Et le manque d’ambition se conjugue très souvent au manque de confiance. Nous peinons à imaginer à quel point les croyances négatives sur soi, les voix intérieures discrètes et insidieuses ruinent la confiance en soi et polluent l’énergie de l’athlète au moment de la touche finale, de l’instant crucial, du dernier obstacle.

Désir abimé, confiance érodée, c’est autant de plaisir empêché. Mais c’est le plaisir du geste, du travail, de la progression qui donne l’énergie inusable. et à défaut de plaisir, l’individu compense : dans la volonté et l’acharnement. Pour combien de temps et pour quelles performances?

Et nous dans l’entreprise, avons-nous renoncé à de grands désirs, à de grands projets à la vision de l’entreprise de demain? Prenons nous le temps de penser à demain, de nous projeter. Démarche essentielle quand on ne peut plus prévoir.

Déficit 3 : le manque d’ouverture au monde/ fausse croyance 3 : surtout, préserver son équilibre

« Brian Joubert n’a jamais voulu quitter sa patinoire de Poitiers ou Christophe Lemaître ses pistes d’Aix les Bains et son coach qui ne veut plus, à 70 ans passés, le suivre en compétition »

Or en sport de haut niveau, les grandes carrières passent par l’expatriation, ne fut-ce qu’un temps.

Céline Dumerc la basketteuse française est revenue de deux saisons en Russie endurcie, Jérôme Fernandez, le handballeur de Toulouse est passé par Barcelone, Marie José Perec à l’époque chez J Smith, Platini, Zidane et autres sont passés par des clubs étrangers. Ribery a atteint le top mondial grâce au Bayern. On oublie d’ailleurs parfois que toute l’ossature de l’équipe de France de foot, championne du monde en 98 était passée par l’Italie et son exigence de victoires.

Ces séjours à l’étranger permettent de se frotter à la rigueur et l’intransigeance des cultures pour qui le travail et le respect des fondamentaux est une religion (c’est à dire dans une grande partie du monde). De découvrir à quel point décontraction et plaisir et jeu se marient avec l’exigence et la performance. À quel point certains modes de management créent le plaisir du travail et le goût de l’effort. À quel point la répétition, la rigueur et la discipline sont la base de la créativité

Rien n’est plus contraire à la performance que la recherche de l’équilibre; un sportif de haut niveau en équilibre est un sportif ensommeillé.

Un collaborateur en équilibre est un collaborateur statique. Le déséquilibre est la naissance du mouvement comme il l’est de la marche. L’équilibre est dans la vie ce que le fossile est pour la mer. Non inutile mais surtout pas une finalité.

Et nous dans l’entreprise, veillons nous à encourager l’ouverture, l’intérêt et la découverte du reste du monde, de la concurrence…

Déficit 4 : le manque d’éducation/ fausse croyance 4 : les règles sont une entrave

« Gaël Monfils qui sort en boîte pendant Rolland Garros en 2011 sans que ses coachs y trouvent à redire. Des joueurs de foot qui insultent adversaires, arbitres sans que personne ne moufte ».

Sur les terrains nos millionnaires se comportent comme des petits voyous. On en a même vu pétitionner dans un célèbre bus ou insulter leur coach. De là à leur apprendre à dire bonjour!! D’autres qui se plaignent d’aller faire une tournée dans le Pacifique sud en fin de saison, ils sont tellement fatigués…

Mais qui donc un jour leur a appris le respect des règles? Et qu’il est indissociable de la performance. Mais qui donc les recadre?

Robert Duverne (préparateur physique de l’OL et ex préparateur de l’équipe de France de foot) témoigne : « en France tu te prends la tête avec les joueurs. En Angleterre, ils se plient à la discipline, il y a un respect : de l’aîné.. dont les jeunes nettoient les pompes, du président, du coachà Manchester, Ferguson n’a jamais déroulé le tapis rouge à David Beckham et ne s’est pas gêné de lui balancer une pompe dans la figure dans un vestiaire…

Où est la différence? En Angleterre et comme dans beaucoup de grands clubs, l’union sacrée se réalise autour du maillot, de la culture du club, du schéma de jeu, des principes fondateurs… bref d’une façon ou d’une autre, de l’intérêt général.

Dans les clubs de rugby, de judo mais comme au Barça, au Bayern ou à l’instar des ligues professionnelles américaines, on apprend d’abord aux jeunes à devenir un homme avant (et pour) devenir un champion : dire bonjour, être poli, respecter l’adversaire, l’arbitre et la défaite.

Très souvent, dans les clubs français, les éducateurs pensent performance avant de penser attitudes de la performance. Y Noah, il y a 15 ans l’expliquait déjà dans son livre « Secrets etc… » : les très grands champions ont tous des traits communs : un rapport à la gagne, un rapport à la discipline, un rapport au travail… la réussite, c’est d’abord l’expérience de la rigueur… et ça s’apprend.

Combien de champions potentiels (qui ne le deviendront jamais) croient que le cadre entrave la créativité, que les règles limitent le jeu et que l’autorité freine l’autonomie… alors que l’on sait que rien de grand ne se crée sans cadre, rien de beau ne se produit sans limites et que le respect de l’autorité permet le sens de la responsabilité et de l’autonomie.

C’est ainsi que dans la discipline et l’éthique se forge l’esthétique du beau champion

Et nous dans l’entreprise, avons-nous quelques règles de comportements clairement rédigés, diffusés avec un code de sanctions en cas de hors-jeu?

 

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