Le management des profs ?

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Des sondages réalisés en cette rentrée montrent que 87% des professeurs des écoles jugent leur relation avec leur ministère insatisfaisante. Pour 76% d’entre eux, la hiérarchie ne valorise pas le métier.

Dans son article « Les profs demandent une vraie Gestion de carrière » (Le Figaro du 3 septembre 2014), Caroline Beyer dénonce « la rigidité administrative » du système en place. D’après elle, « ceux pour qui le mot management reste un gros mot peuvent se rassurer : tout reste à faire ». Elle prend pour exemple les « rendez-vous de carrière », que Josette Théophile, DRH à l’Education Nationale, venant du monde de l’entreprise, a essayé d’instaurer en 2009 : il s’agissait de remplacer l’inspection traditionnelle par un entretien de suivi entre l’enseignant et son chef d’établissement. Cela a déclenché un tollé et Josette Théophile a été remplacée par un profil de haut fonctionnaire.

La gestion de carrière et la mobilité professionnelle se résument à une évolution hiérarchique vers des postes de chef d’établissement ou d’inspecteur. Il n’y a pas de passerelles vers d’autres ministères. L’auteur de l’article en conclue qu’ « enseignant, c’est presque une voie sans issue » !

Dans un tel schéma, l’inspection n’a que peu d’effet sur la carrière. 80% des professeurs ont en effet une progression linéaire. Pour Claude Lelièvre, historien de l’éducation, la carrière d’un enseignant est « une course de fond prédéterminée par le concours, cette spécificité française ». Malgré tout, l’inspection reste un grand moment de stress pour les enseignants. Pour 70% d’entre eux, la visite de l’inspecteur tient lieu uniquement d’évaluation, contre 29% en moyenne dans les autres pays, d’après une étude de l’OCDE parue en juin 2014. L’étude met en avant d’autres pays comme Singapour, où les inspecteurs ont été remplacés par des tuteurs et des membres de l’équipe de direction.

L’inspection à la française, elle, est complètement faussée : connue des enseignants de 48h à un mois à l’avance, elle reste un moment redoutée par 62% d’entre eux. « Stress, souffrance, injustice, gâchis » sont les mots utilisés par les intéressés pour la décrire, selon un rapport de l’éducation nationale daté d’avril 2012. Le paradoxe est que ces inspections « ont peu de conséquences et les sanctions sont rarissimes », d’après Claude Lelièvre, évoquant « une terreur toute symbolique ».

De plus, alors que le système de notation-sanction est de plus en plus remis en cause pour les élèves à cause de son côté infantilisant et traumatisant, il est encore tout-puissant pour les enseignants. « La notation pervertit le système d’évaluation » estime le rapport de l’Education Nationale. Cela d’autant plus que les inspections ont lieu tous les 3 ans pour les professeurs des écoles, tous les 5 ans pour ceux du 2nd degré ! Dans ces conditions, comment accompagner et évaluer objectivement un enseignant ?

C’est ainsi qu’un rapport de l’Inspection générale d’avril 2013 conclut à « l’acceptation collective d’un système illusoire, sans impact réel, qui expliquerait l’immobilité constatée : l’évaluation dans sa forme actuelle semble protégée dans la mesure où cette situation garantit une forme de paix sociale. »

Mais au nom de quoi un professeur, une fois diplômé à 23 ans ne rendra plus compte à personne ?
Au nom de quoi un professeur n’aurait pas besoin d’être stimulé, encouragé, confronté par un tiers ?
Au nom de quoi n’ont-ils pas besoin d’être réellement évalué, non pour être noté, mais afin de bénéficier d’un effet miroir et progresser ?
Au nom de quoi un professeur échappe-t-il à « l’entropie motivationnelle » qui veut que l’individu confronté qu’à lui même voit son énergie progressivement se dégrader ?
Au nom de quoi un professeur n’aurait-il pas besoin lui aussi d’un accompagnement managérial pour sortir de la zone de confort dans laquelle tout individu livré à lui-même se réfugie, pour la vie parfois…
Au nom de quoi n’aiderait-on pas les professeurs à sortir du bunker anti-atomique, si protecteur… et si castrateur

A quand un vrai management des professeurs ? L’enjeu est de taille : la qualité de l’enseignement… et la motivation durable des profs !

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