L’attention un problème culturel

concentration

Dans un livre à paraître durant l’été 2014 (Le Monde, 27/07/2013), Matthew Crawford traite du sujet de l’attention.

«  L’attention s’épuise dans un espace saturé de technologies »  Matthew Crawford                                      

L’attention un problème culturel

Matthew Crawford est chercheur en philosophie à l’université de Virginie et mécanicien réparateur de motos : alliage détonnant et pensée originale et percutante; son prochain livre sera consacré aux effets des sollicitations des nouvelles technologies sur l’attention.

L’attention à l’autre est, au même titre que le temps, une ressource essentielle de l’être humain; elle intéresse par conséquent l’économie politique et l’entreprise. Cette ressource s’épuise à toute vitesse dans un espace saturé de technologies qui visent à le capter (écrans, publicités, musiques, appels, sms, mails….)

Qui ne s’est pas surpris, lisant un livre, de s’interrompre pour regarder une vidéo débile sur YouTube ou s’agacer par une musique assourdissante au restaurant. Car le fait d’être sur-sollicité crée un besoin croissant de stimulations. Avoir une conversation durable, une pensée approfondie où un raisonnement original deviennent quasiment impossible face à des sollicitations externes permanentes. On sait que cette massification de l’esprit empêche la singularité de la pensée et nuit au développement de la personnalité chez le jeune enfant.

Des chercheurs ont montré, par exemple, que le mémoire a besoin de s’extraire de son environnement pour se construire normalement; de même la pratique du « multi-tâche » que semble manier avec aisance la jeune génération et qui donne un sentiment de grande compétence finit par nuire à l’efficacité.

Alors Que faire?

  • S’investir dans des activités qui structurent notre attention : les travaux manuels, la cuisine, les rituels
  • Méditer, choisir dès qu’on le peut de ralentir : en marchant, en lisant, en mangeant, en échangeant
  • Approfondir : la relation à l’autre, l’activité, la réflexion
  • Bref, freiner, décélérer, approfondir…. Quand on le peut

 

Point de vue Neom

Il n’est pas une semaine sans que nous autres, consultants qui essaimons d’entreprises en entreprises, n’entendions les plaintes des managers et dirigeants sur les nuisances, les fatigues, les pertes de temps, l’inefficacité causé par le déluge de mails et d’informations à traiter. Impossibilité de trier l’information, impossibilité de se concentrer, impossibilité de penser et décider sereinement.

Mais comment donc comprendre, penser, analyser, décider dans le bruit ?

Cette saturation nuit à l’attention, à la pensée ainsi qu’ aux échanges et à la qualité des liens. Or, l’entreprise est aussi un espace de liens et d’échanges au service de la créativité, de performance et du bien-être de chacun. Ce n’est pas de la forme, il en va de la performance. Tout simplement parce qu’aucun être humain ne peut donner, s’investir, trouver du plaisir, de l’énergie et du sens si il ne se sent pas reconnu par autrui.

C’est la reconnaissance qui nourrit le sentiment de notre valeur; c’est une des missions clé de tout manager : par la qualité de son management, entretenir, augmenter (ou redonner) chez l’autre la conscience de sa valeur.

Et la toute première étape de la reconnaissance est l’attention qu’on porte à autrui. Les signes d’attention sont les premiers signes de la reconnaissance : non quelque chose d’important mais d’essentiel; essentiel car l’attention à autrui est la clé du lien qui ouvre à la relation. Et le lien est vital à la santé, à l’identité à la motivation. Dans l’entreprise, le regard, le bonjour, la politesse, les mots rituels ou« passe temps » fondent la crédibilité, déterminent l’autorité du manager.

Comme nous l’entendons trop souvent, il ne s’agit pas de « soigner la forme » car il s’agit du plus profond qui soi. Je te reconnais comme mon égal d’humain, et c’est le préalable pour pouvoir t’entraîner, t’accompagner,  construire ensemble, te guider….
Ou alors, admettons que cette forme est le fond qui refait surface….

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